Le mental dans Paris Brest Paris

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Faire PBP est un effort de longue haleine, il faut être préparé physiquement mais pas seulement.


Faire PBP est un effort de longue haleine, il faut être préparé physiquement mais pas seulement. La tête compte également, mais comment faire pour se préparer mentalement pour 1.200 km sur 3 ou 4 jours de vélo.Partageons avec ce qu'a été mon aventure, la première sur cette distance entre Paris et Brest


La motivation


C'est me semble t-il le premier moteur pour PBP, sans motivation, on ne peut pas, il faut passer à autre chose ou attendre 4 ans de plus. J'ai pour ma part entendu parler de Paris Brest Paris il y a longtemps avec une féminine de mon club de l'époque et qui avait tourné sur la distance en moins de 57 heures. Le rendez-vous était alors pris pour l'avenir, si je continue à faire du vélo. Départ de Paris Brest Paris
Après dix ans de triathlon et quelques saisons de vélo et de course à pied bien remplies (Embrun, Nice en triathlon, Millau à pied), l'année de PBP approche. Il est temps de songer à s'y préparer. C'est une envie de le faire à ce moment là, nous sommes en 2009, je ne souhaite pas attendre 2015. C'est maintenant : Paris Brest Paris 2011


L'objectif selon ses capacités


Me connaissant, je sais que je peux rouler vite, j'aime bien cela, mais je n'aime pas rouler lentement. A moins de 20 km/h sur le plat je m'ennuie terriblement, j'ai besoin que les jambes tournent. Aussi lorsque je réfléchis à PBP, je me dis que 3 jours de vélo, c'est bien, 4 je ne pourrais pas, c'est trop dur, cela génère trop de contraintes, d'effets secondaires. Un temps de 70 heures me parait être un bon compromis, en visant dans mon for intérieur 60h, soit 20 km/h de moyenne.Sauf que je ne sais comment aborder la distance ! Je me renseigne à droite à gauche auprès de 2 ou 3 cyclistes expérimentés sur l'épreuve, puis à l'aide de témoignages sur le web. Ma question est posée avec cet article du 10 Aout sur comment gérer les 1.200 km de PBP, et je sais alors que la régularité sur la distance sera la clé de la réussite, car cela correspond à ma façon de pédaler. Je suis entièrement d'accord avec l'idée de ménager la monture pour aller loin. Passer à Brest au delà des 30 heures est pour moi un gage de réussite, alors qu'y passer en moins de 24 heures est un risque. Ce point de savoir comment on va rouler en fonction de ses capacités est me semble t-il un point fort coté mental.


Se donner les moyens


Rouler de manière régulière est une décision facile à prendre, reste à y arriver. L'année pré Paris Brest Paris est consacrée à la préparation, 7.000 km seront faits dans l'année avec un certain nombre de 200 km, roulés pour la plupart au train, avec certes des accélérations mais progressives. Le groupe de cyclos avec lequel je roule au club est justement régulier, cela peut rouler vite mais sans accélérations brutales. En 2010, puis 2011, la même régularité sera recherchée. 2011, année cruciale avec 12.000 km effectués avec une montée en charge progressive, les 4 brevets du 200 au 600 seront répartis sur 4 mois et espacés d'un mois. Seule la distance du 600 est une découverte, avec une expérience d'une demi-dizaine de nuits sur le vélo. 12.000 km offrent le confort d'une endurance de qualité, permettant de monter les bosses sans faire monter le coeur, tout en moulinant. 2015, seconde participation avec plus de 10.000 km de préparation. La forme se fait bien sentir dans les deux derniers mois avant le jour J.Avec un tel entraînement vélo, je m'aperçois dans les toutes dernières semaines que je peux monter les bosses vite, suivre les autres cyclos, et arriver en haut des bosses sans être dans le rouge, bien au contraire. Le travail des derniers mois paye, la préparation serait elle bonne ? Comment en être certain ?

Dérouler son histoire


Des choix ont été faits, sur le vélo, sur la préparation, l'alimentation ... tout ce qui devait être prévu l'a été, l'imprévu a été anticipé de manière raisonnable, certains points ont été réfléchis mais n'ont pas été décidés, tranchés. C'est le cas notamment des arrêts pour dormir. Je prévois un arrêt unique de 2 heures, mais je ne sais ni où, ni comment, ni si il sera suffisant.Pour le lieu, je pense à Carhaix, car cela se situe après une jolie difficulté que je préfère passer de nuit et je suis prêt à aller jusque là. Pour le retour, je pense le faire d'une traite, mais ne suis pas trop motivé pour, je n'ai pas d'arguments pour ou contre, nous verrons bien.La mécanique coté vélo a été réglée jusqu'à un certain point avancé, chaine, pneus, roues ont été travaillés sérieusement. Le vélo tourne bien et c'est moralement un point positif sur lequel prendre appui.Départ de Paris Brest Paris


  • Coté alimentation, des choix sont faits, je suis ok avec ça, il n'y a pas de points non traités, ce sera boisson énergétique d'un coté, boisson salée de l'autre, plus alimentation solide en pâtes et riz et ravitaillement classique en barre, biscuits, galettes, pas de pâtes de fruits ou produits trop sucrés vus les besoins en sucres lents en mode endurance.

  • Coté organisation, je propose à mon assistance de me retrouver uniquement un contrôle sur deux. Je peux gérer l'alimentation sur 150 km environ, et surtout découper mon Paris Brest Paris en étapes de 150 km.


Déjà il y a quelques années j'écrivais sur ce même site que PBP n'est qu'une suite de 8 150 km, et quelques années après je l'ai réalisé comme ça. Paris Brest Paris est tout ce que vous voulez en distance, mais surtout pas un 1230 km, c'est deux fois 600, c'est 4 fois 300, ou 8 fois 150. La formule 16 fois 75 km ne me parait cependant pas réalisable, 16 est trop important et 75 trop petit. Avec le recul des brevets 150 me parait être un bon découpage, ce peut de surcroit être une distance d'entraînement (la mienne était 100 / 120 km). Pour l'assistance, lorsque il n'y a qu'une seule personne, il n'est pas facile de se donner rendez vous à chaque contrôle, alors qu'un contrôle sur deux permet au chauffeur de trouver le temps de dormir (c'est important), de repérer le contrôle pour que le cyclo gagne éventuellement du temps, ou ne perde pas d'énergie à savoir où se trouvent, par exemple, les toilettes.Finalement, au moment du départ, je fais le souhait de pouvoir rouler dans les roues, mais en espérant que cela ne parte pas à 35 km de moyenne dans la première heure ou à 30 de moyenne sur le premier 200 km. Je pense sérieusement que terminer en moins de 65 heures me rendrait très satisfait et je me dis que ce sera mon temps. Je pars confiant et méfiant à la fois, je me méfie de la vitesse trop rapide et sur 1.200 km je me méfie de moi-même car je ne veux pas écouter mes sensations et rouler en fonction de ça. L'expérience me dit que je dois sentir que les jambes tournent pour le moral, mais je dois rouler en dedans pour le physique.

J'ai inconsciemment supprimé tout ce qui pouvait perturber ma façon d'avancer. J'avais préparé des tableaux de marche à 25 km/h de moyenne, puis 24, 23 et 22 km/h. Mais je n'en emporte aucun avec moi, ils sont restés dans le sac, qui est dans la voiture. Le GPS avec cardio est resté à la maison, seul le compteur de vitesse m'informe, mais dans le brouillard de Sizun il affichera des informations fausses par moment. Je sais que la moyenne jusqu'à Mortagne, puis Villaines-la-juhel a été de 27 km/h. C'est élevé, presque risqué mais un peu dans les roues, un peu avec le vent dans le dos, et je me sens pas dans le rouge.Les premiers contrôles se font, l'enchainement des étapes se passe bien, le choix de rencontrer Christian à l'assistance un contrôle sur deux me va bien, à Christian également.

La pluie tombe mais ne me mouille pas, le nuit tombe, mais je n'ai pas sommeil. Arrivé à Carhaix, je dors 2 heures et lorsque je repars, je me sens bien, les jambes tournent, sans douleurs, j'ai même une bonne pêche. La seconde nuit sera identique, uniquement 2 heures de sommeil et de bonnes jambes dans les premières heures. Avec le recul, je me demande pourquoi, comment expliquer ces bonnes sensations alors que paradoxalement je n'ai dormi que 4 heures en deux jours et que le reste du temps j'ai pédalé à un rythme plutôt correct, en ayant traversé deux orages, pédalé sous la pluie et dans du brouillard épais. A lire : gestion du sommeil sur Paris Brest ParisSur toutes les photos, je fais le constat d'avoir le sourire. Ce n'est pas, je pense, la préparation physique ou mentale qui m'a fait passer au travers de ces difficultés, c'est certainement le stress.

L'épreuve de Paris Brest Paris est tellement grande que l'individu s'y prépare de tout son être, consciemment et inconsciemment. Dans la partie inconsciente, il y a ce stress positif qui est généré et qui fait que la pluie tombe, mais le moral reste haut, il est sollicité, on a besoin de lui. La nuit arrive, mais le stress fait que l'organisme se suffit de deux heures de sommeil, puis deux encore la seconde nuit. Il n'y a pas privation de sommeil, ce qui est difficile à gérer, il y a restriction, un peu comme le bébé qui s'alimente correctement dés les dix premières minutes de la tétée, le reste n'étant que plaisir, confort, échange.Il y a enfin le stress sur la durée de l'épreuve. Lorsque le matin du troisième jour je suis parti de Fougères, je savais que le soir je serais à Saint Quentin, je ne voulais pas que cela dure, 300 km à faire avec comme objectif mental de rentrer avant la nuit. Et comme tout va bien, qu'il ne me reste qu'un contrôle avec assistance, je roule vite, je fais tourner les jambes, je rattrape du monde et cela me motive plus encore, je me fais rattraper et je me dis que cela a du bon aussi. Contrairement à l'aller où j'ai cherché à rouler dans les roues, au retour je roule devant, j'avance, j'ai même mis la plaque.

Le dernier contrôle ravitaillement, je sens que les choses vont bien et je suis balancé entre le sentiment de profiter du moment, d'apprécier ces instants de repos et de discussions avec Christian, et le sentiment de reprendre la route au plus vite pour ne pas perdre le rythme, l'envie. Mon coach me pousse, me re-dynamise en un regard et trois mots, et me voila reparti avec cette même envie, sauf que l'idée de faire quelque chose de bien sur cette grande épreuve est là maintenant dans mes jambes, dans ma tête. La plaine qui finalise l'étape vers Dreux est monotone et a quelque peu raison de mon moral alors qu'en fait ma moyenne est très bonne.Après le dernier contrôle, j'envisage enfin de calculer mon heure d'arrivée à Saint Quentin. 19h30 serait bien et là sur le bord de la route, j'aperçois un gars de mon club venu m'accompagner sur ces beaux derniers kilomètres. Il va peut-être en faire 170 pour en partager 65 avec moi, je suis heureux et décide de partager ces moments d'amitié, j'oublie l'heure d'arrivée, la moyenne, je raconte et partage mon aventure tout en vivant la fin en même temps : moments magiques.

Après le stress qui a été un moteur pour se défendre face à une telle épreuve, voila que le plaisir est de la partie, cette fois je souris, non par du recul, mais par bonheur. Christian me fait comprendre que mon Paris Brest est gagné et je vois dans son sourire tout le plaisir qu'il a à partager ces moments. Il me semble que des soutiens comme cela sont des points d'appuis énorme dans la motivation. Paris Brest Paris, on le fait pour soi, c'est pour cela qu'on pédale, mais on le fait aussi pour les autres, ceux que l'on fait rêver en partant sur un tel projet et aller au bout représente alors quelque chose d'encore plus grand qu'une simple victoire sur soi.



Paris Brest Paris n'est pas seulement qu'une aventure d'un cyclo qui fait corps avec sa machine, c'est également un tout avec ceux qui vivent Paris Brest au rythme de votre coup de pédale.



Toutes les questions que vous vous posez sur PBP se trouvent dans la Foire aux questions Paris Brest Paris



Article mis à jour par Janol
le 04/08/2015
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