L'autre monde de Paris Brest Paris

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Bientôt dix mois que l'édition 19 de Paris Brest Paris s'est terminée. En 2011 les 65 derniers kilomètres avaient été partagés avec un collègue du club venu à ma rencontre. 2015 s'était clos dans la froidure d'un abandon nocturne. Et en 2019 c'est un autre monde qui se présente.




Prendre son temps, profiter du moment tout en étant rapide. Christian, au contrôle de Mortagne-au-Perche, glisse dans ma sacoche un pain aux raisins. Et c'est là au dernier contrôle de Dreux que le plaisir de la dégustation se fait. En même temps je prépare mon vélo et mon équipement pour la nuit. Sur ma gauche, dans le grand parc à vélo du contrôle, un cycliste de l'Audax Parisien discute avec sa dame. C'est elle qui lui donne les dernières recommandations pour l'ultime étape de son Paris-Brest-Paris.
20 minutes de pause au lieu de dix et je m'envole pour la dernière chevauchée.

Parti lundi à 5:00 du matin, je suis complétement déboussolé en ce mercredi 21 aout. Je n'ai plus de repères. Cela fait 3 jours que je ne voit que des cyclistes, des bénévoles, des organisateurs, contrôleurs et autres spectateurs acquis à la cause du vélo et la légendaire randonnée qu'est Paris Brest. 3 jours dans un monde clos, enfermé libre dans une grande bulle.

Je n'ai fait que rouler, manger, dormir, peu de pauses et toujours avancer, avancer, avancer. La porte de sortie est devant, il n'y a pas d'autres chemins.

Mais là j'ai mal, dans les bosses et les lignes droites de Lassay-les-Châteaux, je souffre. Je bascule le vélo de l'autre côté de la rambarde de sécurité et fait une pause, à l'ombre, dans l'herbe. Le coeur tape trop vite, je me fatigue pour rien. Je m'alimente, et je repars plus tranquillement 10 minutes après, je roulerai plus vite lorsque le soleil tapera moins. Moments de solitudes.

C'est le cerveau qui pilote, ce cerveau des temps anciens n'a qu'une idée en tête et rien alors ne le fera sortir de ce monde. Rien sur la route ne dévie de ce Paris Brest, c'est tout droit, avancer.

Le contrôle de Dreux est une source d'énergie positive. Il y a du monde côté organisation, pour faire le plein d'eau ou pour tamponner la carte de route. Un regard, des mots échangés, des "À la prochaine" permet de recharger les batteries. Autant de monde qui pousse, qui va de l'avant et qui nous garde concentré sur notre aventure.

J'ai peu échangé avec les cyclos, mais tout de même. Le solitaire qui habite mon corps lorsque je suis en longue randonnée a réussi à partager de bons bouts de route. Il y a eu ce cyclo du Cyclo club Montebourg, avec qui j'ai discuté de vélo, de Tour de France Randonneur et du Mille du Sud, encore le Mille du Sud avec un autre cyclo avant d'arriver sur Dreux (il faut dire que je porte de maillot de cette formidable randonnée provençale), quelques échanges furtifs avec un cyclo canadien, d'autres tôt le mercredi matin avec un français qui en était à sa première participation.

Et puis là sur la route après Dreux, dans la dernière nuit, devant nous une cycliste de Nouvelle Écosse (Canada), elle file un train de fou et il nous est à trois impossible de la rattraper.
Le vent souffle un peu dans le dos, et le 1.200 km se termine comme une sortie de 100 km du dimanche matin. Nous roulons vite, il fait nuit, il y a quelques bosses et nous avons des sensations de vitesse, roulons nous à 20, à 25 ou à 30 km h ? Qu'en sais-je, les bonnes sensations sont là. Aucune douleur nulle part et l'endorphine booste notre coup de pédale à l'approche de l'écurie.
Au sommet d'une ultime bosse, alors qu'il doit nous rester 5 ou 6 kilomètres, nous, les trois cyclos restant du groupe constitué sur la route depuis Dreux, échangeons quelques impressions à chaud. Ce monde de dingues dans lequel nous avons vécu, 60 à 70 heures de liberté totale dans une bulle fermée avec un seul objectif, avancer. Il ne nous reste en souvenirs de surface que les bons moments, et un sourire qui prends forme à l'approche de l'arrivée. Nous avons partagé 35 km de route comme si nous avions vécu la randonnée entière ensemble. Nous sommes sur une autre planète, nous avons vécu dans un autre monde. Les lumières de l'arrivée approchent et nous sortent doucement de ce monde, de ce rêve magnifique.

Bientôt dix mois que ce monde s'est refermé avec d'excellents souvenirs de moments magiques mis en valeurs par des moments de doutes entremêlés.
L'autre monde est loin dans le temps mais à portée de pensée. Les sensations positives comme les moments de réflexion, de souffrance, de solitude reviennent à l'esprit et enrichissent, éclairent la vie d'aujourd'hui. L'autre monde ...

Lire le récit complet de l'édition 2019 dans PBP au coeur de la randonnée de légende et voyez ici le suivi de géolocalisation PBP 2019 avec les étapes et l'itinéraire.




Article mis à jour par Janol
le 09/05/2020
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Catégorie : Publication Cyclisme

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