Récit de cyclo-camping

Running Recits

Italie 1997

"La vie, c'est comme à vélo, si tu roules en regardant trop souvent derrière toi, tu te casses la gueule !"Citation personnelle.
... samedi 9 août 1997. 12 jours se sont déjà écoulés depuis mon départ.

Curieusement, malgré les douloureuses ascensions du Lautaret ( 2058m) et de l'Izoard (2360m) effectuées durant ces deux derniers jours, ma forme et ma motivation sont à leur comble ce matin : l'Italie n'est plus très loin et le passage de la frontière est au programme de cette radieuse journée. Perspective nouvelle qui me met en goguette. Je m'exalte en quittant le camping de Moline-en-Queyras pour me diriger survolté vers la botte, avec en point de mire : la redoutable ascension du col Agnel perché à 2744m ... « que je faiblisse si je trépasse ! », me dis-je in petto comme pour conjurer mes appréhensions et leur couper l'herbe sous les pieds.

Malgré un fourniment qui doit afficher ses 40 kg au pied du col, je m'élance vers mon rêve et dévore les premiers pourcentages avec une pugnacité qui m'étonne moi-même. Une famille italienne petit-déjeune sur le bas-côté alors que je mords à pleines dents voraces dans un Agnel plus glacial que frais.
-" Buon appettito ! " hurlè-je à leur adresse, comme pour me donner du courage ou pour me faire croire à moi-même que je suis italien.
-"Grazie !" me rétorque-t-on à droite avec ce-je-ne-sais-quoi qui chante dans la voix. Mes oreilles et ma langue ont soif d' Italie. Je l'approche doucement, avec ménagement, magnétisé par l'inconnu et avec une certaine aisance malgré de bonnes rampes à plus de 15% par endroits ! Je serre les dents et les fesses.Je me cramponne au guidon. Plus j'approche de la frontière, plus je sens battre mon coeur avec fracas dans sa cage de côtelettes. Soudain, à la sortie d'un virage, je l'aperçois, là, à 200 m devant moi. Je donne un ultime coup de reins et gravis ces deux derniers hectomètres avec une fulgurance à tout casser. Où puisè-je toute cette fougueuse énergie ? J'exulte. J'écume de bonheur.Nirvana pédalesque. L'Italie est bien là et sous mes pieds à présent ! Temps, suspends ton vol ! Horloges, arrêtez vos aiguilles, je suis en Italie !
Absence de douane au sommet. Libre comme l'air, je me jette de l'autre côté à tombeau ouvert! Chaleur étouffante et cuisante. Gestion de l'échauffement de mes jantes Mavic ... je dois marquer quelques rares pauses pour leur laisser le temps de refroidir. La vallée de la Varaita m'attendait en contrebas. Casteldelfino et son "lago blu" d'un lapis-lazuli intense sont au rendez-vous. Je poursuis à vive allure jusqu'à Piasco où un approvisionnement en vivres s'impose. Premiers contacts avec la gente italienne. Je suis fier de parvenir à me faire comprendre en italien. A Moretta, mon rêve commence progressivement à changer de couleur : toujours pas de terrain de camping... La plaine du Piémont est à présent sous mes pneus : vaste plage de bitume uniforme et monotone flanquée d'une montagne imposante qui s'étend à perdre la vue devant moi ! J'ai un début de blues ! Le blues du cyclo-campeur solitaire …
J'aborde un premier couple italien pour prendre connaissance des possibilités de campement au voisinage. L'homme parle un italien fluide et impeccable . Il me propose aimablement de partager un bout de son piccologiardino. Je décline sa proposition par politesse ou par crainte de m'imposer. Lui, me soutient mordicus que je ne trouverai aucun camping avant Turin ... Le bougre aura raison. Passé Moretta, je vais de déception en déception.

" sa dove si trova il campeghio il più vicino ? "

"Non c'è campeghio qui ! " .
Je finis par regretter amèrement mon refus d'hébergement. Trop tard pour faire machine arrière ! Carmagnola ... Il fait nuit. Je m'informe derechef. Toujours la même réponse :
"Non c'è campeghio qui ! C'è ne uno a Cueno o Torino ... ma è lontano ! ". Sympa les mecs! Je commence à pâlir, mais ne me décourage pas.
En route pour Turin ! Frontale, dynamo, me voilà lancé à vive allure, arc-bouté sur mon 50X13. 00h00. Après avoir bravé mille dangers sur cette route très fréquentée qui relie Carmagnola à Torino, me voilà au coeur d'une grande métropole italienne en pleine effervescence. 160 km au compteur. Ecco ! Sono ben arrivato ! De nombreuses "lucioles" (nom donné aux prostituées en Italie) bordent le bord de la chaussée en quête de clients. Moi, je passe devant elles, le regard livide, exsangue, avec mes sacoches Ortlieb et ma quête de camping. La fatigue est bien là et je me sens bien las! Après avoir interrogé vainement quatre quidams pour connaître l'emplacement et le nom dudit camping, je me sens seul, floué, vidé, abattu, abandonné ! Et personne avec qui parler en français !
00h30. Rue déserte de Turin. Une femme arpente frénétiquement le trottoir, seule, en me lorgnant d'un oeil méfiant. Je l'accoste, n'y croyant plus, au bord du découragement.

" sa dove si trova il campeghio il più vicino ? " Elle semble subitement interloquée par l' incongruité  de ma question à une heure aussi tardive, fait mine de s'escaver la mémoire,  puis m'annonce sur un ton tant désarmé que craintif : " non so più il nome del campeghio, ma c'è ne uno ! " Ouais, bon. Encore une qui sera incapable de m'informer. Elle s'excuse et me plante là, seul avec mon désespoir en bandoulière. Je sens le bitume se dérober et fondre sous mes pneus.

Tout à coup, elle revient sur ses pas en courant . Cette fois-ci, c'est moi qui suis interloqué . Que lui arrive-t-il ? Va-t-elle me sauter au cou ?  " Villa Rey ! penso che si chiama Villa Rey ! " me crie-t-elle le souffle court. Elle bafouille quelques bribes d'explications et m'indique d'un doigt vague la procédure à suivre et la direction d'un raidillon. Peut-être un espoir ... à 1h00 du mat, c' est inespéré !

Mes reins et mes pieds sont brisés, mais je suis fermement décidé à passer la nuit dans un camping. Pas question de dormir dans une rue de Turin !  Coûte que coûte, fatigue ou pas,  je gravis ce dur et interminable raidillon. Camping fantôme. Où est Villa Rey ? Help me bella donna !   J' ai pourtant l'impression d'avoir suivi toutes les instructions à la lettre ... Des larmes d' énervement et de fatigue perlent sur mes joues de cyclorandonneur aux abois.  Me voilà maintenant en direction de Superga.170 km dans les jarrets. 10 heures de route. Une faim et une soif à vous tordre  l'estomac comme une vieille serpillère, mais toujours pas l'ombre d'un camping ! Au bord de l'épuisement,  je pénètre clandestinement dans un pré sur le coup de 2h00 du matin, plante ma tente, enfourne hâtivement quatre yaourts et cherche un vain sommeil dans la crasse collante et poisseuse d'une étape bien éprouvante. 5h00. Je suis réveillé par un troupeau de sangliers qui passe à une enjambée de ma modeste et précaire demeure. J'ai l'impression de vivre un cauchemar. Non. Je ne rêve pas. Je retiens ma respiration, en priant pour que la longue procession porcine ne me passe pas sur le corps. Quelle nuit ! 6h30. Je me lève d'un bond, comme un automate et  plie ma canadienne,  la crainte  de me faire chasser du pré où j'ai élu domicile chevillée au ventre ! "Courage, fuyons ! "   Je quitte ma prairie furtivement,  les yeux chargés de sommeil et les nerfs à vif,  pour rejoindre Montcalieri on ne peut plus fièvreusement. Mes deux gourdas sont vides depuis la veille.  Ma gorge est sèche. Tous les cimetières et  toutes les boutiques sont clos à cette heure dominicale matinale. C'est à peine si je tiens encore sur ma selle !  Ma décision est inflexible en ce doux matin d'août : devant tant d'hostilité : retour en France illico presto ! Italia, basta ! ....
Auteur : Argirakis Jean-Marc . jmargi chez club-internet.fr


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